Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publié par jjlatouille

Petits maux au quotidien n°5 : M. Le Pen et l’élection, Foot, couleur de peau et racisme…

15 juillet 2026

  • Marine Le Pen candidate, et alors ?
  • Foot : les propos de l’ancien Premier ministre espagnol sont-ils racistes ?

Marine Le Pen candidate, et alors ?

            Le lien entre décision de justice et politique est extrêmement complexe et difficile à analyser. À défaut d’être juriste je n’ai pas cherché à disséquer ce lien, je suis parti, via les moteurs de recherche, à la recherche d’analyses savantes : elles sont très nombreuses mais aucune doctrine unanime n’émerge d’elles. Sans doute est-ce dans ce flou « scientifique » que naissent et se propagent les discours d’opportunité au gré de ce que l’on est mis en cause ou pas. Il est d’ailleurs intéressant de voir qu’en même temps qu’il n’y a pas de doctrine, il n’existe pas non plus de position construite de parti politique. Ainsi, à peine convoquée par un tribunal, Marine Le Pen et son parti hurlaient au procès politique, dès lors que la condamnation fut tombée les cris redoublèrent d’ardeur.

            Quoi qu’il en soit de la position théorique que l’on prend sur le lien Justice et politique, le plus important me semble être qu’il est bon que dans une démocratie (s’il n’en était pas ainsi, serait-on encore en démocratie) que la Justice puisse avoir à se prononcer sur la licéité des actions des politiciens. À défaut de cela la voie serait ouverte à toute malversation ; force est cependant de reconnaître que malgré cela elle l’est déjà et que la Justice et les sanctions ne suffisent pas à rendre les politiciens probes.

            Dans ce tissu de complexité la Justice doit savoir rendre des décisions qui sanctionnent les fautes tout en n’empêchant pas l’action politique du citoyen. C’est au citoyen qu’il appartient de choisir ses gouvernants. C’est dans cette croisée des notions et des principes juridiques que doit se poser la question de l’inéligibilité, sachant qu’on peut être tacitement rendu inéligible du fait d’une peine d’emprisonnement. Alors ?

            Alors, je trouve les deux jugements qui ont atteint Marine Le Pen savamment équilibrés. Le premier a sanctionné avec force sévérité, le second a modéré la sanction en n’empêchant pas l’accès à l’élection. C’est fin, c’est astucieux, c’est d’une rare intelligence.

            Le choix d’être candidate n’appartient désormais qu’à Marine Le Pen ; en tout cas la loi le lui permet d’autant que le pourvoi en Cassation met en suspend l’application des peines. Quant à savoir si elle a raison d’entrer dans la course électorale, seule la fin de l’épisode pourra nous le dire, bien qu’il prête à de nombreuses interprétations divergentes notamment en cas d’échec.

 

Foot : les propos de l’ancien Premier ministre espagnol sont-ils racistes ?

 

Mariano Rajoy, ex-Premier ministre espagnol a déclaré : « Ils sont actuellement classés numéro un du classement FIFA. Ils disposent également d’une équipe de haut niveau. Cela dit, ils n’ont pas de joueurs français et ils jouent très bien ». La connotation raciste dans ce propos ne saute pas aux yeux ; toutefois il faut prendre en compte que dans une communication il y a l’émetteur du message et le récepteur, et la dimension implicite du discours.

Au vu de la photo de l’équipe de France de football on peut comprendre qu’un esprit faible, cherchant à jeter le discrédit et l’opprobre sur un adversaire, puisse dire cela ; le propos apparaît plus stupide que raciste. On ne s’attend pas à voir autant de « personnes de couleur » dans l’équipe nationale française ; il n’y en a pas autant dans l’équipe espagnole, pour autant tous les joueurs espagnols sont-ils nés en Espagne ? Pour qui connaît l’histoire de la France, avec ses anciennes colonies et ses territoires d’outre-mer, et l’histoire du football en France, de tels propos relèvent de la stupidité bien plus que du racisme. Mais, depuis les années 1990 la lutte contre le racisme dans le foot est devenue un enjeu majeur pour les instances dirigeantes ainsi que pour les syndicats de joueurs. Cette lutte est passée, au fil des années, d’un discours de protestation et de dénonciation vers un discours marketing souvent individuel. Cédric Landu[1] met en évidence la puissance d’un marketing de « marques » centré essentiellement sur le symbole et sur le pathos évoqué par les joueurs qui s’oppose à la communication actuelle, notamment mise en œuvre par Kylian Mbappé où c’est plus la personne raciste qui est attaquée peut-être dans une perspective juridique. Dans ce cadre émerge un individu qui se pose en symbole et en victime : « en m’attaquant tu attaques un symbole ». Outre l’aspect markéting, cette démarche dénote un narcissisme certain. En outre ce type de communication retient l’attention du le corps politique qui se saisit du symbole représenté par un footballeur pour en faire un objet de martyr : braves citoyens, regardez comme on s’attaque à un symbole de notre pays. La sénatrice paraguayenne comme l’ancien Premier ministre espagnol n’auraient pas perpétré pire crime contre la France en se moquant de Marianne.

On peut mettre en doute le caractère raciste du discours de l’ancien Premier ministre espagnol quand on sait que « 23 % des footballeurs qui ont disputé l'édition 2026 ne sont pas nés sur le territoire de la nation qu'ils représentent. Un record[2]. » Toutefois la France n’affiche que trois joueurs nés hors de France : « Sur le papier, elle se situe en dessous de la moyenne, avec seulement trois joueurs convoqués nés à l'étranger… Comme ses glorieuses devancières, l'équipe de France 2026 a bien été façonnée par l'immigration, mais plutôt à une ou deux générations d'écart[3]. » Toutefois, photographiquement au-moins, on est loin de l’équipe « bleu-blanc-beur » de 1998. Cette équipe 2026 marque le résultat du travail entrepris par l’État et la Fédération Française de Foot depuis les années 1980 pour faire du foot un moyen d’insertion sociale et de prévention de la violence dans « les quartiers »[4]. » Ces territoires sont devenus le plus grand réservoir de talents du football mondial même si concernant l’accès au statut de footballeur professionnel bien des désillusions se sont faites jour, seulement environ 3 % des jeunes entrant en centre de formation parviennent à signer un contrat professionnel. Simon Bolle[5], sans que ce soit l’objet principal de son livre, évoque cette « extraction » du quartier vers le club professionnel et montre l’ambiance, d’argent et de pouvoir, qui l’entoure.

Nonobstant les intentions profondes que nous ignorons, formellement les propos de Mariano Rajoy, ex-Premier ministre espagnol, n’ont rien de racistes même si les politiciens français veulent qu’ils le soient dans ce grand mouvement d’évergétisme qui caractérise à la fois le socle idéologique de leur politique et la gouvernance instaurée par Emmanuel Macron. Prenons garde à ce que certains ne s’emparent de cette histoire pour faire avancer leur théorie du « grand remplacement ».

 

[1] Cédric Landu, le pied de nez de Mbappé à la sénatrice Amarilla et aux racistes, Libération, 13 juillet 2026

[2] Jean-Marie Pottier, Coupe du monde : de plus en plus de joueurs « étrangers » dans les équipes nationales, Sciences Humaines, le 08 juin 2026

[3] ibidem

[4] Duret, P. (2012). Intégration sociale par les sports. Sociologie du sport (2e éd., p. 52-71). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/sociologie-du-sport--9782130592495-page-52?lang=fr.

[5] Simon Bolle, FIFA Connection. Enquête sur le système Infantino, Flammarion, 2026

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article