Petits maux au quotidien n°2 : patronat, antisémitisme, les Vieux
Mercredi 10 septembre 2025
Le patronat :
La semaine dernière a été riche en discours politiques stériles, dénués de bon sens, souvent agressifs et empreints d’une pratique de la politique de plus en plus obsolète. Un des fleurons de cette obsolescence du discours politique a été porté à un apogée par le Chef du MEDEF au cours de déclarations médiatisées peintes aux couleurs d’un passé où le patron et dieu étaient confondus dans un même élan de servitude par les ouvriers.
Je n’ai jamais eu d’attirance particulière pour la rhétorique patronale ni d’ailleurs de rejet particulier. Par le passé j’ai apprécié les discours ouverts et respectueux de Laurence Parisot, Pierre Gattaz, Geoffroy Roux de Bézieux ; aujourd’hui je suis atterré par le retour à un incroyable conservatisme voire traditionaliste du MEDEF par la voix de son président Patrick Martin. Il est opposé à tout financement par les entreprises d’actions en faveur de transition écologique bien sûr il est opposé à toute taxation du patrimoine financier, il milite pour la baisse des cotisations sociales et des impôts de production et il s’oppose à toute politique sociale prônée par la « gauche » : abolition de la réforme des retraites, hausse du salaire minimum…
Son credo du moment[1] : « on ne joue pas avec l’économie », alors que l’économie, loin d’être une science exacte, n’est finalement qu’un jeu qui s’organise et se développe essentiellement sur un jeu entre des conjonctures et des hypothèses, rares sont les « lois » immuables en matière de science économique. Patrick Martin a organisé son Monopoly autour d’un groupe nommé Front économique qui réunit une soixantaine de personnes : des économistes bien particuliers et typés autour d’un engagement théorique particulièrement libéral voire pire, des dirigeants de grandes entreprises ; ce groupe « masculiniste » (80% des membres sont des hommes) ne comporte aucun représentant des syndicats des salariés. Il s’agit pour Patrick Martin et donc du MEDEF de combattre le Nouveau Front Populaire retrouvant ainsi l’antienne du patronat contre les mouvements de gauche et plus largement contre les salariés tous considérés comme travaillant insuffisamment. Ainsi il préconise la création d’un âge pivot pour les retraites afin d’inciter (de forcer) les salariés à travailler au-delà de 64 ans, restreindre l’accès à la retraite progressive, assouplir le recours aux heures supplémentaires… au bout du bout le MEDEF, qui n’a jamais digéré les lois sociales notamment la création de la Sécurité sociale en 1947 à laquelle il s’était fermement opposé, souhaite asservir les salariés comme c’était le cas au 19e siècle. On voit, comment aidé par Emmanuel Macron, il est en train d’y parvenir ; c’est donc le moment pour les citoyens de réagir contre cette tentative d’asservissement. Le patronat est donc, à nouveau, l’ennemi du peuple qui jugera des actions à mener pour se protéger.
Les vieux :
Par une incroyable falsification des travaux des économistes et des sociologues qui ont montré que les « vieux » (les boomers) disposent d’une aisance financière supérieure à celle des « actifs » ; c’est incontestable du moins pour une partie des boomers, certainement pas pour tous. Ceux pour qui c’est vrai ont bénéficié des fruits conjugués d’une situation économique favorable : les 30 glorieuses, et de leur travail : la durée du temps de travail[2] (heures quotidiennes[3], hebdomadaires et congés) était bien plus élevée jadis qu’aujourd’hui. Bayrou, suivi par la droite réactionnaire, fait des boomers des nantis, voire des voleurs : leurs économies seraient le résultat d’un rapt qu’ils auraient exécuté sur l’économie nationale. En somme ils ne méritent pas cet argent et doivent le rendre. Mais, ces dénigreurs, ces spadassins au service des riches (pour faire simple) oublient l’importance économique des boomers qui aident leurs enfants, qui consomment… Cette stigmatisation est insensée comme l’a bien souligné Édouard Philippe qu’on ne peut pas taxer d’être de gauche.
Antisémitisme :
Ne vous avisez pas de critiquer Israël, vous risquez fort d’être taxé d’être antisémite. Ne dites pas qu’Emmanuel Macron a eu tort de tolérer (ou de souhaiter) qu’une cérémonie juive se tienne dans la salle des fêtes de l’Élysée, vous seriez taxé d’être antisémite…
À partir de quel point quelqu’un est antisémite, le Code pénal introduit une certaine incertitude et laisse la place à beaucoup d’interprétations possibles de la part des juges[4], mais c’est là le « jeu » normal de la justice où le juge doit pouvoir agir en fonction de l’analyse qu’il fait des circonstances et de « l’état » des prévenus. Toutefois, il faut reconnaître que de nos jours ce fonctionnement est de moins en moins vrai, on juge de la même façon un jeune homme de 17 ans qui s’est baladé sur des sites islamistes qu’un djihadiste aguerri, un gamin de 12 ou 13 ans qui poignarde un camarade qu’un serial killer… ce qui ne veut pas dire qu’il ne faudrait pas de sanction. Concernant l’antisémitisme, par soumission au lobby juif autant que par une espèce de honte d’avoir laissé se perpétrer la SHOA (ce qui n’empêche pas qu’on laisse Israël exécuter un génocide à Gaza) … Aïe, Aïe, je risque d’être inculpé pour antisémitisme puisque je critique Israël. Cela s’explique par l’incroyable confusion que l’on fait entre « juifs » et « Israël », une confusion entretenue par le fait que tout Juif se reconnaît comme Israélien, d’ailleurs beaucoup ont non seulement la double nationalité mais aussi participent comme « réservistes » à l’armée israélienne ; il est documenté maintenant que certains ont participé de façon active aux massacres de Gazaouis… On voit bien cette confusion dans l’histoire de ce jeune homme qui a tagué « Free Palestine » sur une dizaine de voitures de touristes à Thonon-Les-Bains le 20 août dernier. Verbatim[5] :
- Vous faites la différence entre juif et israélien ?, poursuit le président.
– Pour moi, c’est la même appartenance, un Israélien est un juif, c’est une religion et une nation. Mais j’avoue une méconnaissance du sujet.
– Bah oui. Parce que pour moi “Free Palestine” n’a rien d’insultant. Ce n’est pas comme si j’avais écrit “Mort aux juifs”.
– Vous considérez que les parties civiles sont responsables de ce qui se passe en Palestine ?, poursuit l’avocat,
– Indirectement, oui. Elles pourraient essayer de donner de leur voix pour faire cesser le conflit. »
À méditer !
[1] Denis COSNARD, le patronat dévoile son plan pour créer un « sursaut de croissance », Le Monde, 30 septembre 2025
[2] L'évolution de la durée du travail en France depuis 1950 : L'évolution de la durée du travail en France depuis 1950 — Sciences économiques et sociales
[3] François Eymard-Duvernay, Les 40 heures : 1936 ou ... 1980 ?, Persée, Les 40 heures : 1936 ou ... 1980 ? - Persée
[4] Article R625-7, Version en vigueur depuis le 06 août 2017
Modifié par Décret n°2017-1230 du 3 août 2017 - art. 1
La provocation non publique à la discrimination, à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée est punie de l'amende prévue pour les contraventions de la 5e classe.
Est punie de la même peine la provocation non publique à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, ou de leur handicap, ainsi que la provocation non publique, à l'égard de ces mêmes personnes, aux discriminations prévues par les articles 225-2 et 432-7.
Université d’Orléans, Racisme et antisémitisme, Racisme et antisémitisme | Université d'Orléans