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Publié par jjlatouille

À part un très court article publié le 13 juin dernier, je n’ai pas écrit depuis le 23 avril. Les raisons sont nombreuses : un livre à finir qui est aujourd’hui chez l’éditeur, une grande flemme après l’écriture du livre, sans doute un besoin de mise en jachère… Donc l’envie d’écrire s’était asséchée, d’autant plus que la vie politique était bien pauvre et remarquablement décevante pendant ces semaines ; il m’a semblé que je rejoignais la cohorte des « abstentionnistes » qui nous expliquent ne pas voter parce que ça ne sert à rien. J’ai été très impressionné par ces occupations fugaces d’universités par des étudiants qui voulaient dire leur déception devant des hommes et des femmes politiques qui, de décennie en décennie, nous « servent toujours la même soupe électoraliste ». Si je conservais, durant ces semaines, une lecture attentive de la presse écrite, j’abandonnais la télévision parce que je me retrouvais bien dans les propos d’une étudiante publiés dans un article « les jeunes et les médias : quelles pratiques ? » de la revue N’autre[1] école : « Personnellement, j'ai énormément de mal avec les débats télévisés que l'on retrouve sur les chaînes comme Cnews ou BFMTV. Je ne comprends rien à ces gens qui se crient dessus sans jamais développer un propos de manière calme et posée. Pas de discussion, seulement une joute verbale. Les infos sont balancées sans être vérifiées. On voit toujours les mêmes personnages (des hommes blancs de 50 ans). Bref, c'est un contenu totalement orienté politiquement est pénible à écouter. »

Alors, fallait-il, comme je l’ai rapidement fait le 13 juin, commenter les fanfaronnades de Jean-Luc Mélenchon ? Fallait-il analyser la stratégie marketing d’Emmanuel Macron ? Fallait-il interpréter, comme les chroniqueurs télé, la médiocrité des campagnes électorales : la présidentielle étouffée par le silence de Jupiter, les législatives étranglées par l’absence puis les délires grotesques et paranoïaques de Jupiter et de sa cohorte de Playmobil[2] ? Les propos des perroquets enrubannés de la macronie se suffisent à eux-mêmes sans qu’il soit nécessaire de les disséquer comme les délires d’Amélie de Monchalin qui risque fort à l’issue du deuxième tour des législatives de devoir s’inscrire à Pôle Emploi : « J’appelle les républicains de gauche et de droite à faire barrage dimanche à l’extrême gauche, et à ceux qui s’y sont soumis pour des circonscriptions. Son vrai projet, c’est le désordre et l’anarchie, la remise en cause permanente de nos institutions et des médias. » Simplement, si Mélenchon n’avait pas appelé à ne pas voter pour Marine Le Pen à l’issue du premier tour de la présidentielle, où serait Jupiter en ce mois de juin caniculaire ?

Petit rappel : M. Emmanuel MACRON 27,85 %, Mme Marine LE PEN 23,15%, M. Jean‑Luc MÉLENCHON 21,95 %.

Mais, Foutriquet est à nouveau au pouvoir ; « Madame Caroline avait un foutriquet de mari, vague gratte-papier dans une compagnie d'assurances, mais beau parleur et enragé de politique[3]. » Voilà Macron qui n’existerait pas sans l’image, sans l’agitation médiatique mais il ne construit rien, il détruit pour être. Son existence baigne dans une incroyable hubris, il n’est qu’outrance dans le comportement inspiré par l’orgueil ; sa politique c’est la démesure et le paraître. Aurions-nous vu arriver à l’Élysée ou à Matignon Jean-Luc Mélenchon que peut-être je l’aurais décrit avec les mêmes termes entre hypertrophie de l’ego et orgueil, le risque de la démesure. La différence entre ces deux personnages, excellente source d’inspiration tant pour les romanciers que pour les auteurs de théâtre, réside dans l’objectif de leur projet de destruction. Chez Macron la destruction est consubstantielle de son « être à la vie », n’oublions pas qu’adolescent il s’est construit, au-delà de la normale, contre : contre ses parents, contre la morale de son milieu, contre la morale de la société, puis adulte contre ses mentors, contre ses soutiens, contre ses amis ; cela est bien décrit, entre autres, dans le livre de Jean-Pierre Jouyet[4]. Macron vit seul et comme tout narcissique pense fortement qu’il se suffit à lui‑même. Mélenchon, dont l’œdème de l’ego le fait ressembler à Macron, s’est construit contre, mais pas contre la morale, pas contre des hommes ou des femmes, Mélenchon s’est constitué dans une opposition idéologique. Est-ce plus rassurant ? L’un vit à l’intérieur de lui, l’autre se prend pour un révolutionnaire Sud‑Américain.

Alors, là où nous aurions voulu discuter (et écrire) à propos de l’évolution de la société, de la constitution du bien commun, du partage des espaces sociétaux… Nous sommes réduits à contempler un spectacle hallucinant qui oppose deux illusionnistes terrifiants. Faute de débats intelligents, faute de vraies propositions politiques qui visent à organiser la société, nous sommes sommés de nous satisfaire d’invectives ou, au mieux, de propositions d’actions parcellaires et déconnecter d’un tout social et humain comme la réforme des retraites, le blocage des prix… Soit mais dans quel but pour l’humanité, en quoi ça améliorera le bien-être de chacun. L’un Macron, me fait penser à ce que le sociologue Michel Crozier[5] disait des ingénieurs qui arrivent avec des solutions, avant même de savoir quel est le problème : « Certes, ils savent travailler et trouver des solutions mais ils sont, sauf exception et à cause de leur propension à tout traduire en ces termes, incapables de repenser la logique d'un système. Promus très jeunes, ils n'ont pas eu la chance de connaître les échecs et de puiser dans leurs expériences ; on retrouve ainsi dans les entreprises des problèmes identiques à ceux des cabinets ministériels. Ces mécanismes ne sont pas réservés aux ingénieurs. On les retrouve chez les financiers, les juristes et les administrateurs. ». L’autre, Mélenchon, semble empêtré dans une idéologie surannée, ainsi englué dans un passé il est incapable d’envisager sereinement un avenir.

Seuls les chroniqueurs, parce qu’ils ont le même profil psychologique, se repaissent de ces guignoleries. Souvent plein de savoirs mais incapables de penser la global et la complexité ils soufflent sur les braises et se contentent de commenter les frasques de l’un et de l’autre, leurs parades marketing, et les invectives. Durant les débats télévisés mais aussi durant les émissions de « commentaires » on se croit dans une cour d’école. Alors, que nous reste-t-il : voter pour l’un pour faire barrage à l’autre, n’abstenir pour ne pas se déconsidérer tant vis‑à‑vis des autres que de soi, écrite (mais quoi) pour s’imposer un espace de catharsis[6] ?

Il y avait Foutriquet et Foutriquet, comme Dupont et Dupond, mais aussi une flopée de seconds rôles. Marine Le Pen brilla le temps d’un premier tour puis retourna à sa place habituelle de faire valoir d’une velléité d’un possible changement, mais cette fois elle s’installe dans la vie politique sur une assise solide qui peut lui permettre d’envisager un avenir présidentiel. Il y eut Zemmour qui se consuma à une vitesse rarement vue sans doute parce qu’il était parti trop tôt en campagne et qu’il est dans une zone d’exagération des maux de la société et propose des remèdes ressentis comme trop nauséabonds. Enfin le vieux parti LR, victime de ses querelles internes et d’un enchaînement de mauvais casting, assassiné par son ancien leader en quête d’une honorabilité perdue, fait la roue comme un paon parce qu’il est possible qu’il puisse jouer les arbitres entre les Foutriquets lors des votes à l’Assemblée nationale. Mais, à part les chroniqueurs, est-ce que cette basse‑cour de seconds rôles politiques vaut qu’on lui consacre l’énergie d’une analyse ?

Nous repartirons en juin 2022 comme nous sommes toujours repartis à l’issue des élections depuis quarante ans, c’est-à-dire vers rien : rien ne changera vraiment, on nous servira la même soupe politique et soi-disant réformatrice ; et nous irons ainsi jusqu’au temps du ras-le-bol générateur de révolte ou de révolution, antichambre des dictatures.

 

[1] N’autre école dossier : « les médias [tout] contre l’école », n° 19, printemps 2022.

[2] L’inventeur et le fabricant de ces merveilleuses figurines voudront excuser cette analogie qui, toutefois, exprime bien ce que sont les membres de la macronie : des figurines dont chaque mouvement, chaque parole sont dirigés et organisés par Jupiter.

[3] Cendrars, Homme foudroyé, Denoël, 1945, p. 308.

[4] Jouyet J.P., L’envers du décors, Albin Michel, 2020.

[5] Crozier M., La crise de l’intelligence, InterEditions, 1995.

[6] Catharsis : purgation des passions selon Aristote.

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