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Publié par Jean-Jacques LATOUILLE

Cet article a été écrit le 27 novembre 2021, au lendemain de la déclaration du ministre de la Santé et de l’annonce par l’OMS de l’existence du variant Omicron. Un surcroît de charge m’a empêché de le publier ce jour-là. Je le publie donc aujourd’hui, 5 décembre, un peu dans la précipitation pour qu’il paraisse avant le conseil de défense du lundi 6 décembre qui amènera de nouvelles mesures. Nous verrons si le gouvernement aura enfin adopté une posture de prévention en annonçant des mesures plus restrictives pour les rassemblements et les déplacements des personnes.

L’adage populaire dit qu’il vaut mieux prévenir que guérir, ce qui rentre en résonance avec l’idée selon laquelle la politique c’est savoir prévoir. Tout peut se retrouver uni dans le principe de précaution. Or, que ce soit en France ou dans d’autres pays, on a l’impression d’une grande impéritie chez les gouvernants à anticiper et à prévoir alors que rien de ce qui arrive depuis la fin de l’année 2019 n’était imprévisible, pire ce qui arrive depuis – les vagues successives — était absolument prévisible. En France notamment, une forte impression d’incohérence empreint chaque annonce ministérielle, ainsi, une fois encore les dernières annonces du ministre de la Santé, le 25 novembre 2021, ne montraient pas qu’une stratégie de lutte contre la pandémie ait été élaborée ; le gouvernement montre qu’il agit plus par tactique et en réaction aux évènements. On observe une suite de tactiques qui visent à répondre aux incidents au cas par cas, au moment où ils apparaissent, nous sommes très éloignés d’une attitude de prévention. À l’heure où le virus a, une fois encore, muté nous pourrions attendre plus de prévention, plus d’anticipation.

Prévenir c’est faire en sorte qu’un incident n’arrive pas ou s’il arrive prévenir c’est avoir mis en place des dispositifs et des moyens pour faire face à ses conséquences. Bien sûr personne ne pouvait prévoir la survenue du virus responsable de la CoViD-19, mais personne ne pouvait ignorer que les infections virales sont de plus en plus nombreuses et, surtout, de plus en plus fréquentes. Personne, non plus, ne peut se dire ignorant des épidémies des temps anciens et ignorer celles nombreuses des temps modernes. De ces épidémies passées les sociétés et leurs gouvernements ont tiré des leçons qui ont conduit à élaborer, en plus de la thésaurisation de connaissances scientifiques, des plans de prévention qui semblent avoir disparu dans les caves des ministères.

Ainsi, personne qu’il soit médecin, scientifique ou gouvernant ne saurait plaider l’ignorance d’autant que pour chacune de ces épidémies les mesures de prévention qui concernent essentiellement la limitation de la propagation, sont les mêmes : détecter (repérer, tester) puis isoler vraiment les porteurs de l’infection pour protéger le reste de la population, limiter les déplacements et les rassemblements donc les occasions de contacts de personnes dans les lieux clos et là où les distances entre personnes ne peuvent pas être suffisantes.

Dans ce processus la vaccination ne doit pas être vue, comme c’est le cas notamment en France en ce moment, comme un moyen de prévention. La première raison étant qu’en règle générale on ne découvre le vaccin, quand on en découvre un, qu’assez tardivement après l’émergence de l’épidémie. La deuxième raison réside dans le fait que souvent la vaccination, au début en tout cas, a un apport plus thérapeutique que prophylactique. On le voit avec la COVID où le vaccin permet de limiter le nombre des cas graves d’infection mais n’empêche pas, même si elle la limite, la transmission, donc la propagation du virus. Pour autant, il ne faut pas, bien évidemment, se priver d’une vaccination massive même si on sait qu’elle mettra de très longues années, à condition d’être mondialement massive, pour éradiquer le virus comme on l’a vu pour la variole ou la poliomyélite. Nous avons la chance que des vaccins aient été découverts très rapidement : moins d’un an après le début de l’épidémie, mais quel méli-mélo autour de cette vaccination qu’aucun gouvernement occidental n’a eu le courage de rendre obligatoire. Que d’hésitations, que de tergiversations, que de manœuvres dilatoires et mesquines pour obliger sans rendre obligatoire la vaccination, que de lâchetés qui ont ouvert une autoroute à toutes les expressions de peur irraisonnables, de fausses nouvelles et d’oppositions politiques stupides et dangereuses !

Donc vaccinons, mais n’oublions pas les processus et les dispositifs de prévention que sont les gestes barrières ; ceux-ci ne valent que s’ils sont drastiquement appliqués or ce n’est pas le cas sans la mise en place de mesures de contrainte qui limitent les contacts dans les espaces physiques (clos surtout, mais aussi en plein air) et les espaces-temps pour créer les conditions d’une moindre cohabitation entre les gens quand il n’est pas possible de fermer les espaces physiques. En limitant une cohabitation dense pendant des durées longues, on limite de façon importante la transmission du virus. C’était le sens du confinement.

Compte tenu des dégâts psychologiques et sociaux provoqués par le confinement du printemps 2000, en France comme dans d’autres pays, ce moyen est exclu. Il apporterait plus de troubles individuels et collectifs que de bienfaits. Alors, il faut faire porter la limitation de la « cohabitation » d’une autre façon, sur des lieux les moins essentiels en jouant sur la durée de séjour individuelle et collective dans ces lieux, peut-être en fermer totalement certains. Une étude conduite par l’Institut Pasteur est publiée dans la revue Lancet, faisant suite à d’autres études notamment américaines, indique de façon très claire deux lieux particuliers de contamination durant l’été 2021 : les bars pour la population des 20-40 ans, la famille pour les plus de 40 ans là où le virus a pu être amené par un enfant. Bien évidemment on ne peut pas empêcher les familles de se réunir, mais une attitude de prévention raisonnée et raisonnable veut qu’on limite au moins la durée d’accès aux lieux non indispensable en rétrécissant l’amplitude horaire d’ouverture. Ces mesures de prévention deviennent de plus en plus importantes lorsque nous sommes en présence, comme aujourd’hui avec le variant Omicron, d’un variant de virus dont nous ne savons pas si la vaccination sera efficace sur lui pas plus que l’on ne sait sa vitesse de propagation ni sa dangerosité. Ce qui devrait amener tout gouvernant sensé à limiter, comme vient de le faire l’État d’Israël, les voyages internationaux. La Belgique vient de le faire en imposant une fermeture à 23 heures pour les bars et les restaurants et la fermeture totale des discothèques. Posons-nous la question de l’essentialité de ces pratiques et de ces lieux de plaisirs, et si la sauvegarde des discothèques et des voyages internationaux de loisirs vaut mieux que la vie de millions de gens, d’autant qu’aux morts à cause de la CoViD il faut ajouter tous ceux qui, atteints d’autres maladies, le seront faute d’avoir pu être soignés.

Une stratégie de santé publique courageuse, raisonnable et intelligente, faite pour le bien-être des gens et le bien commun, doit prendre en compte des mesures de prévention, d’une part en renforçant les moyens de lutte : facilité d’accès au test, création d’équipes mobiles pour tester et vacciner, organisation de moyens pour que les porteurs du virus s’isolent vraiment et obliger à s’isoler les porteurs du virus, d’autre part en restreignant les lieux de grande propagation du virus et en limitant les espaces-temps où les gens peuvent se contaminer. Mais on s’aperçoit que les gouvernements sont plus dans la tactique c’est-à-dire la réponse à l’incident que dans la stratégie donc dans la prévention. Il semble bien qu’il s’agit pour eux de ne pas prendre le risque d’insatisfaire leur électorat en ne mettant pas en place des mesures qui pourraient apparaître coercitives donc vécues sinon comme attentatoires à la liberté mais comme entravant l’accès aux plaisirs. De la même façon on perçoit bien qu’il s’agit plus de préserver l’hôpital, déjà dans un état lamentable, que les gens pris dans leur individualité. Dernièrement sur une chaîne de télévision un médecin urgentiste, particulièrement médiatique depuis 2015, critiquait fortement les Français dont il disait qu’ils aiment à se faire peur alors qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter de ce que le variant Omicron pourrait apporter comme désagrément pour les uns et pour les autres et que l’hôpital pourrait faire face à la condition qu’on commence à mettre en place ce que l’on appelle des lits d’aval. C’est lui qui déclarait dans Le Parisien du 27 janvier 2000 à propos du masque : « Pour se protéger du coronavirus, cela n’a pas de sens. Mais si ça peut rassurer les gens, pourquoi pas. », c’était certes en janvier 2000, mais que ces propos sont éloignés de toute attitude de prévention. Ce faisant, outre nous prendre pour des imbéciles, il renforce l’inaptitude du gouvernement à prévenir l’aggravation de l’épidémie.

Allons-nous continuer longtemps à nous voiler la face derrière une fausse maîtrise des évènements alors que le virus, contre lequel paraît-il nous sommes en guerre, avance sans cesse chaque jour de plus en plus masqué : variant Bêta, variant Delta, aujourd’hui variant Omicron. Cessons de croire qu’une population vaccinée à 80 % pourrait être autre chose qu’un maigre frein à la diffusion d’un virus alors qu’en plus le taux de vaccination mondiale ne dépasse pas 55 % ayant au moins une première dose, et que seules 6,2 % des personnes dans les pays à faible revenu ont reçu au moins une dose (source Our World in Data consultée le 5 décembre 2021 à 15h30). Nous sommes très loin d’une vaccination réellement prophylactique. Cessons de nous cacher, en France, derrière la dose de rappel qui n’aura pas d’effet massif avant de longs mois compte tenu du délai « naturel » pour obtenir une immunité et surtout en raison du délai pour pouvoir se faire vacciner : très peu de gens vont pouvoir être vaccinés durant le mois de décembre. Alors ne faut-il pas d’urgence mettre en place les mesures de prévention ad hoc : fermeture des discothèques, limitation de la durée d’ouverture des bars, restaurants, salles de spectacle enceintes sportives de toutes natures, limitation du nombre de personnes pour les rassemblements en extérieur, limitation des voyages internationaux de loisirs, et rendons enfin la vaccination obligatoire !

Un jour viendra où les gens pleureront de donner autant priorité aux loisirs, au plaisir au détriment de la santé publique. Alors ils demanderont aux gouvernants de rendre compte alors qu’ils sont tout aussi coupables de l’avancée macabre de l’épidémie, ce qui toutefois ne saurait absoudre les gouvernants de leur impéritie.

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