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Publié par Jean-Jacques LATOUILLE

Ce billet devait paraître dans un journal le 27 décembre, finalement il ne l'a pas été. Donc, le voilà avec retard...

Je voulais écrire un conte : « petit Omicron et le loup » mais le cœur n’y était pas. Alors revint le souvenir de Charles. Charles, quels que soient les moyens modernes de communication, n’aurait pas pris de vacances, même au Fort du Bord de Mer, alors que le pays est dans la souffrance. Car, comme disent mes amis helvètes, aujourd’hui il y a le feu au lac. Mais, en Gaule, dans une royauté démocratique le souverain part faire bombance autour de la dinde de Noël loin de la capitale, loin de son peuple alors que le pays est en proie à une recrudescence d’une pandémie à la puissance rarissime. Mais foin de la souffrance du pays, le roi se protège et il y a peu à ce que, le peuple se plaignant, la reine lui envoie une poignée de chocolats comme jadis une autre reine proposait qu’on lui donnât de la brioche alors qu’il réclamait du pain, son pain quotidien.

Médisance que cela car enfin prenons conscience de la gravité du danger : le roi a annulé son voyage sous les tropiques par peur de la contamination, pas question qu’il aille porter le virus chez nos quelques soldats encore en mission. Alors, pas question qu’il prenne le risque de porter ce même virus chez les personnels soignants, les sapeurs-pompiers, les policiers et gendarmes et d’autres qui travaillent en cette période de fêtes. Pourtant quel beau geste ça aurait été que de rendre visite au personnel soignant qui est mis à rude épreuve depuis deux ans.

Les hommages c’est quand le roi s’ennuie et que leur ordonnancement ne vient pas perturber sa vie personnelle. Comme cela est désormais le grand principe de vie dans le pays, le roi cherche sa satisfaction personnelle avant le service et le bien commun du pays. Alors tous en vacances : le roi, la reine, les ministres et les députés ; pendant ce temps le pays brûle et les citoyens sont malades à foison.

Alors qu’il faudrait prendre des mesures drastiques pour éviter les contacts entre les personnes afin de limiter la propagation du virus le roi attend : il aurait pu réunir ses ministres samedi ou dimanche, il attend après les fêtes ; sans doute est-il judicieux d’attendre que les vapeurs des bombances se soient évaporées. Les députés n’ont pas été, eux non plus, invités à rejoindre leur poste. Le pays est-il gouverné ?

À l’heure où j’écris ces lignes le Conseil (en visioconférence puisqu’il est hors de question que le roi quitte son lieu de villégiature) n’a pas encore eu lieu mais en confrontant l’expérience passée et les fuites du palais rapportées par les gazettes, je ne m’aventure pas dans une prévision hasardeuse en écrivant qu’il n’y aura pas de mesures fortes pour endiguer la propagation du variant Omicron : le gouvernement va continuer à se limiter à la vaccination dont on sait, scientifiquement, qu’elle est désormais très insuffisante ; il se pourrait même, disent ls gazetiers, que les non-vaccinés qui accepteraient une première injection aient droit au passe vaccinal comme ceux qui ont fait l’effort de se faire « piquer » trois fois. Comprenne qui pourra ! Le roi en appellera à la responsabilité de ses sujets pour pouvoir mieux leur faire porter le poids de l’échec de sa stratégie. Mais surtout pas question d’imposer des mesures qui indisposeraient les sujets du royaume ; en d’autres moments la question ne fut pas posée : on imposait !

Je comprends qu’il soit déplaisant que les tavernes, les auberges et autres théâtres soient clos tôt dans la soirée, que les déambulations nocturnes soient interdites et que les jeunes - ce groupe social si particulier - se sentent ainsi brimés, mais il faut choisir : laisser le virus prospérer ou éteindre l’épidémie. Bien sûr comme me disait ce matin une commerçante : il va falloir apprendre à vivre avec, oui mais comment : mort ou vif, entier ou invalide…

In fine, tout cela pose bien des questions, d’abord celle de la capacité des politiciens modernes à gouverner autre chose que leur image électorale, puis celle de la capacité des gens à accepter de surseoir à leur plaisir immédiat. Cette question rejoint celles posées par Marcel Gauchet à propos du fonctionnement de la société et de la politique dans un entretien accordé au journal La Croix (27 novembre 2021) ; il y évoque le fait que les gouvernants n’ont pas rendu la vaccination obligatoire au nom de l’intérêt collectif mais ont mis en avant la satisfaction du plaisir : « Il est dans votre intérêt de vous faire vacciner car cela vous ouvrira les portes des cinémas et des restaurants. » Marcel Gauchet s’interroge sur les conséquences d’une telle pratique de gouvernance : « Imaginez, dans une société comme celle-là, la nécessité de se défendre militairement… Va-t-on dire : “Il est dans votre intérêt de vous engager dans l’armée” ? Heureusement que ce n’est pas à l’ordre du jour. »

Espérons que le conte non écrit ne serait pas une dystopie que je voudrais ne pas voir ! En tout cas en pareilles circonstances Charles de Gaule ne serait pas parti en vacances…

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