Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Jean-Jacques LATOUILLE

 L’épidémie de CoViD a révélé de nombreux travers de nos sociétés humaines notamment celles occidentales, et elle a mis sur le devant de la scène l’incroyable crasse intellectuelle des élites françaises qu’elles soient politiques, chroniqueuses ou « intellectuelles » qui toutes s’érigent en pseudo-experts comme l’écrit Jim Harrison : « Évidemment, les experts en sont parce qu’ils affirment l’être ».

À peine les faibles annonces gouvernementales faites qu’un bouffon surgit d’entre les rochers et les moutons des montagnes qui abritent son exil. Rejetant la société il s’en était allé loin d’elle et voilà qu’il parle des décisions du gouvernement, en mal bien sûr car elles sont un frein, dit-il, à son activité. Alors, il met sur la balance la limitation du nombre de spectateurs pour les spectacles et le rappel par le Conseil Constitutionnel de l’impossibilité constitutionnel d’apporter une quelconque limitation aux rassemblements politiques. Or, comme le rappelait Benjamin Morel sur CNews, les deux choses ne sont pas comparables et que la préservation de la démocratie est un bien précieux. Madame Pilastre, chroniqueuse à Sud Radio, s’est insurgée contre les propos du sociologue et elle indiquait que pour certains les concerts sont plus précieux que la préservation de la démocratie. J’avais jusqu’alors trouvé les positions de Caroline Pilastre plutôt intéressantes prises dans l’ensemble d’un discours qui met en avant le système extrêmement hypocrite que constitue la pseudo-stratégie gouvernementale de gestion de la pandémie de CoViD, mais là elle mettait en évidence à la fois, malheureusement, un phénomène social mais surtout la véracité des paroles de Jim Harrison (dans Un sacré gueuleton) à propos des prétendus experts qui croient que parler c’est penser.

Toutes ces émissions qui se voudraient être des moments d’analyse d’une crise épidémique grave ne sont qu’un vaste café du commerce (en moins drôle) où on imagine et où on croit qu’il suffit de parler pour que jaillisse de la « pensée ». Pour penser il faut de la matière et des outils, il faut mettre les choses en regard les unes des autres, il faut tirer le fil des conséquences. Autant de choses dont sont dépourvus la plupart de ces chroniqueurs ; on le voit bien quand ils se réfèrent au concert test du printemps dernier pour avancer qu’aujourd’hui il est sot de prendre des mesures restrictives en oubliant ou plutôt en ignorant que le variant Omicron ne présente pas les mêmes caractéristiques que ces prédécesseurs : il passe la barrière de la vaccination, il attaque plus les jeunes, il est plus contagieux et se propage plus vite. On le voit quand ils soutiennent qu’il n’est pas nécessaire de prendre des mesures à l’école au prétexte que les enfants ne sont que faiblement infestés et ne sont qu’exceptionnellement hospitalisés ; ça tombe bien aujourd’hui (29 décembre) à 13h heure de Paris CNN annonçait que le nombre d’enfants hospitalisés à l’Hôpital pour enfants de Chicago avait été multiplié par 4 ces vingt-quatre dernières heures ! À suivre ces émissions on a l’impression que plus on est ignorant plus on a droit à la parole et qu’on peut ainsi égrener un ensemble de stupidités sans soucis de leur impact sur les gens. D’ailleurs, contrairement à ce qui se passe sur CNN, ici on ne s’écoute pas, on n’écoute pas les invités, les présentateurs comme les chroniqueurs cherchent à se mettre en avant, soignent leur image, veulent faire sensation au risque d’énoncer de fausses informations. La justesse de leurs propos pas plus que l’impact sur le public ne les intéressent.

Cette question de l’impact de la parole est intéressante à soulever ici alors que ces chroniqueurs, dans cette émission sur CNews, critiquaient une épidémiologiste de renommée internationale qui déclarait au journal £e Monde : « Avec le variant Omicron, on joue à la roulette russe en espérant le meilleur ». Fondamentalement elle a pleinement raison, et j’ai moi-même écrit dans le même sens à propos de la stratégie d’E. Macron lorsque je parle de pari, mais bien sûr en termes de communication parler de « jouer à la roulette russe » c’est apporter un surcroît d’angoisse dont les gens n’ont pas besoin. Sur le même sujet l’épidémiologiste Antoine Flahault a été plus modéré tout en disant les mêmes choses ; devant l’insuffisance des mesures dans les écoles il parlait de « mettre la poussière sous le tapis ». Cette épidémie nous aura appris que les plus savants des chercheurs ne sont pas forcément des « communicants » remarquables. Dans ce sens Madame Pilastre a raison lorsqu’elle fustige la politique de dénonciation outrancière des gens non-vaccinés en rappelant que ce ne sont pas des « demeurés » ni des assassins contrairement aux déclarations d’un autre épidémiologiste parisien. Outre que parler ce n’est pas penser, il faut penser lorsqu’on parle à l’impact de sa parole ; on ne parle jamais (ou exceptionnellement) seul, une parole s’adresse toujours (même quand on parler seul) à quelqu’un ; on a beaucoup tendance à oublier l’impact de la parole de nos jours où le monde est mû par un égoïsme forcené.

C’est bien le cas de ce bouffon des montagnes qui ne pense qu’au désagrément que lui pose la limitation de l’accès aux concerts ; c’est aussi celui de Madame Pilastre qui soutient ceux qui pensent que la démocratie est moins importante que les concerts. Essayons de faire tenir une société uniquement avec des concerts, des loisirs, des séances en discothèques ; peut-être est-ce possible dans une société où le principe de gouvernement (serait-il vraiment démocratique) serait celui qui appliquerait l’adage suivant lequel on gouverne un peuple en lui donnant du pain et des jeux ! Après tout faut-il s’offusquer de ce qui n’est, comme la ministre Roselyne Bachelot l’a dit, qu’un mouvement d’humeur. Sans doute ne s’agit-il là qu’une réaction fortement en adéquation à « La société du spectacle » chère à Guy Debord et à « La société de consommation » décrite par Jean Baudrillard où seul le plaisir compte. Dans ces démarches l’Autre n’existe pas sauf s’il est inféodé à mon système égotique : ne sont acceptables que ceux qui sont avec moi, qui pensent comme moi ; c’est ce qu’exprimait bien ce vice-président d’une confédération de producteurs de spectacles lorsqu’il insistait sur le fait qu’il faut remercier ces spectateurs qui n’ont pas renoncé à venir au concert, les autres peuvent mourir tranquillement à cause du virus transporté par les premiers. C’est une blague, quoi que ?

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article