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Publié par Jean-Jacques LATOUILLE

La ville de Poitiers où des ayatollahs d’une écologie radicale ont été élus en juillet 2020 vit au rythme de l’autoritarisme vélocipédique. Seul compte pour la municipalité de satisfaire les demandes d’associations d’usagers de la bicyclette, plutôt électrique que mécanique, et peu importe les autres usagers que sont les automobilistes « par obligation », les personnes à mobilité réduite, les personnes âgées.

Ainsi, pour satisfaire deux associations de vélocipédistes urbains la municipalité a décidé de neutraliser une des voies d’une des principales artères d’entrée et de sortie de la ville : la rue du Faubourg du Pont Neuf.

Dans un premier billet j’analyserai la façon dont, parmi les journaux locaux l'un d'eux, La Nouvelle République, rend compte de cette politique, puis dans un deuxième billet j’analyserai le projet de la municipalité.

Poitiers : La Nouvelle République roule pour la municipalité écologiste ?

La municipalité de Poitiers élue en 2020 promeut une écologie radicale qui veut, en particulier, totalement bannir l’automobile du Centre-Ville et en même temps promouvoir une « mobilité douce » qui n’autorise, en plus de la marche, que les deux-roues non motorisés et les transports en commun. Ainsi, en accord avec sa politique globale des déplacements en ville et surtout pour satisfaire deux associations de vélocipédistes urbains dont les membres sont proches de conseillers municipaux, la municipalité a décidé de neutraliser une des voies d’une des principales artères d’entrée et de sortie de la ville : la rue du Faubourg du Pont Neuf. Après une concertation où seuls les riverains ont été conviés, laissant la très grande majorité des usagers dont la plupart viennent de villes extérieures à Poitiers en dehors de la concertation, une expérimentation a été mise en place pour aider à choisir quelle voie serait neutralisée : voie montante (sortie de ville) ou descendante. Voici la présentation qui est faite du projet sur le site de la Mairie : « Afin de faciliter les déplacements à vélo, la municipalité va créer une voie douce rue du faubourg du Pont-Neuf. Soucieuse de trouver l’aménagement le plus adéquat au meilleur coût, la Ville de Poitiers va procéder à des tests de circulation.

Le premier scénario se termine dimanche 3 octobre et commence le second dès le lundi 4 octobre à 6h du matin pour une durée de 3 semaines. Les commerces restent ouverts durant ces 2 scénarios. »

 

Bien évidemment la presse locale rend régulièrement compte de cette expérience. Pour permettre aux lecteurs de mesurer la pertinence du projet municipal, La Nouvelle République a voulu aller au-delà des comptes rendus et des interviews d’usagers en menant sa propre expérimentation relative à la pratique de mobilité avec les nouvelles contraintes imposées par le projet municipal. Travail louable s’il n’était entaché d’erreurs méthodologiques qui donnent à l’article du 18 octobre 2021 la couleur d’une soumission à la volonté de l’équipe municipale et d’une promotion du projet.

 

Cet article s’intitule : « Aménagements du Pont-Neuf : le vélo est encore le plus rapide », et le chapeau vaut au moins un pesant d’or ou de cacahuètes suivant l’état d’esprit du lecteur, moi je choisis les cacahuètes avant de lancer des tomates sur le journaliste. A priori ce chapeau n’a rien de scandaleux pour exprimer sommairement le résultat d’une expérimentation qui consistait à voir « Quel moyen de transport de l’Hôtel-de-Ville au CHU (hôpital) ? Comparaison des trajets en bus, vélo et voiture pour rallier l’Hôtel-de-Ville au CHU. » Cependant dès cette première lecture on s’interroge sur la nature de la chose comparée. S’il s’agit de comparer la longueur de trajets pas besoin d’être grand clerc pour voir que le trajet emprunté par le vélo est le plus court de trois comme le confirme le dessin inséré dans l’article. En outre le choix du campus de l’Université comme destination aurait été plus pertinent que le CHU d’abord parce que la municipalité argumente son projet en signalant les nombreux usages du vélo par les étudiants, d’autre part parce qu’il est assez exceptionnel que les malades puissent utiliser le vélo, mais il y a les visiteurs… Le rédacteur nous dit « A vol d’oiseau, la distance (entre le point de départ et celui d’arrivée) est de 4 km » ; qui se déplace sur des trajets « à vol d’oiseaux », même pas les avions !

Poitiers et les ayatollahs de l’écologie radicale

Donc qu’elle est la validité d’une expérience qui voudrait comparer les temps mis à parcourir un trajet si ce trajet n’est pas le même pour chacun des « cobayes » ? C’est comme si le journaliste avait voulu comparer le temps mis pour aller de Poitiers à Paris où l’un des concurrents avait utilisé l’autoroute A10, un autre les routes nationales égayées par des traversées de villages et par des feux tricolores et un troisième avait dû faire un détour par Bourges ! L’usage d’une méthodologie rigoureuse et honnête veut qu’on compare des choses équivalentes. Pour savoir si le vélo est plus rapide que les deux autres moyens de locomotions il eut fallu les mettre sur un parcours unique ou au moins sur des parcours ayant les mêmes caractéristiques.

D’autre part la rigueur (scientifique) et l’honnêteté journalistique veulent aussi que les conditions de trajets soient identiques or l’expérience du canard local omet de rappeler que le trajet du vélo ne confronte celui-ci qu’à 7 feux tricolores alors que l’automobiliste en rencontrera 11 ou 12. Concernant le bus, l’article passe à la trappe que celui-ci est soumis à de nombreux arrêts et qu’il subit le temps que les passagers mettent pour monter et descendre.

Pourquoi dans l’expérience les participants ne partent-ils pas tous du même point ? La cycliste qui semble avoir passé sa journée à proximité de son vélo part de la place de l’Hôtel-de-Ville alors que l’automobiliste, dont on ne sait exactement quel est son point de départ, doit rejoindre sa voiture au tréfonds d’un parking (étage -3) situé à approximativement (MAPPY) 7 minutes à pied et à 600 m de la place de l’Hôtel-de-Ville (un trajet infaisable en voiture, la zone étant amplement piétonnisée). Supposons comme peut le laisser penser le schéma inséré dans l’article, l’automobiliste part de la place de l’Hôtel-de-Ville, il y a deux parkings situés chacun à moins de 5mn à pied. Quant à l’arrêt de bus il n’est pas sur la place de l’Hôtel-de-Ville, donc il y a un parcours à effectuer à pied ; toutefois il existe deux autres lignes que celle signalée dans l’article dont l’une (ligne 13) a un arrêt plus proche mais en raison de travaux de voirie il est possible que cet arrêt ne soit pas utilisable. Pour l’autre (ligne 1) le temps indiqué sur le site de l’opérateur de transport est de 17 minutes et l’arrêt le plus proche de l’Hôtel-de-Ville est à un temps équivalent de celui de la ligne indiquée dans l’article. En outre de ces distorsions des parcours et de la mise en inégalité des « cobayes », ce qui continue d’interroger quant au sérieux de l’article c’est que le journaliste fait descendre les passagers du bus à un arrêt où ils ont à marcher au moins 10 minutes avant de rejoindre l’entrée de l’hôpital alors que ces lignes ont un arrêt (Tour Jean Bernard) qui n’est qu’à 150 m de l’entrée de l’hôpital sur une voie exclusivement empruntée par les ambulances et les taxis. Cette investigation permet de relever qu’il semble, suivant l’article, qu’il n’y aurait qu’une ligne de bus reliant le centre-ville à l’hôpital qui serait indiqué par le moteur de recherche du gestionnaire des bus de Poitiers, mais qu’a tapé le journaliste sur la barre de recherche ? Visiblement, moi qui me rends souvent au CHU, et lui qui, je l’espère, n’a pas besoin d’y aller souvent nous n’obtenons pas les mêmes résultats sur notre demande d’itinéraire sur le site du transporteur.

Toutefois, sachons gré à cet expérimentateur, journaliste mais assurément pas « scientifique », de rappeler que le bus a l’avantage de libérer des contraintes de la conduite, que la cycliste n’a pas à chercher une place de parking (d’autant moins à Poitiers où les cyclistes ont pris l’habitude de poser leur vélo n’importe où sans respect pour les autres usagers des voies publiques), et surtout il n’oublie pas de signaler que l’itinéraire de la cycliste est plus court, plus exactement « est beaucoup plus direct ». Ce qui confirme que d’emblée il a choisi de confronter trois déplacements dans des conditions de circulation très différentes pour chacun et que dans ces conditions rien ne permet de déterminer si le vélo est vraiment et réellement le plus rapide des trois modes de déplacement.

 

On voit que cet article est entaché de lourdes fautes méthodologiques qui le rapprochent d’une fake-new. Mais, sans doute le journaliste dans un curieux exercice de soumission à la municipalité, ou au « tout vélo », à moins que ce soit au deux, montre que le choix de la municipalité de privilégier 50 ou 80 (il est difficile d’obtenir les chiffres) passages de cyclistes qui empruntent quotidiennement ces 600 m de rue vaut plus que les ennuis et les allongements de trajet qui vont être imposés à plusieurs milliers (certains avancent 15 000) passages d’automobilistes dont la plupart empruntent cette voie pour rejoindre leur lieu de travail alors qu’ils viennent de cités éloignées entre 10 à 30 km de Poitiers. Comme dit le dicton : quand tu veux te débarrasser de ton chien, tu dis qu’il a la rage ! Nous verrons dans un deuxième volet ce qu’est le projet municipal, son éventuel intérêt et ses conséquences sur la vie quotidienne des usagers et sur le développement de la ville.

 

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