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Publié par JJ LATOUILLE

La macronie : un nouveau monde honnête ?

 

L’honnêteté en politique est une antienne qui traverse le temps, l’histoire, la philosophie et même le discours populaire. Mais de quoi parle-t-on quand on évoque ce sujet ?

 

Suivant que l’on soit dans un salon de philosophie ou accoudé au comptoir d’un bistrot la question ne recouvre pas identiquement une même chose. Dans la première situation il s’agit bien d’essayer d’articuler, dans un discours savant, la politique avec la morale et l’éthique. L’article de Stelios Virvidakis[1] « Le minimalisme moral en politique » propose une remarquable synthèse des axes de réflexion sur ce sujet. Comme Virvidakis on peut définir la politique « comme un ensemble de pratiques qui visent à la satisfaction des besoins et la prévention et l’adjudication des conflits entre les membres d’une société, ou, à un niveau plus élevé, différentes sociétés. » C’est moins sur la définition englobante de la politique que se séparent le philosophe et le quidam ; c’est autour de l’acception à retenir pour le mot « pratique ». Pour l’un, sans doute, il s’agit de référer les pratiques à quelque chose de plus ou moins proche de l’impératif Kantien, dans une espèce d’absolu vertueux où il s’agit de rapprocher politique et morale, pour l’autre l’accroche se fait autour de l’honnêteté.

 

Autour du comptoir on s’attend moins que cette honnêteté soit une conformité à une loi morale, ni un enjeu de probité à laquelle, les sondages le montrent, le quidam ne croit plus. Dans les discussions de comptoir on attend de l’homme et de la femme politique qu’ils aient des pratiques qui soient fidèles à leurs obligations, à leurs engagements, qui ne cherchent pas à tromper.

 

Durant sa campagne électorale Emmanuel Macron avait promis un nouveau monde politique, une république exemplaire et vantait les mérites de la « transparence ». Sans s’interroger sur la façon dont ces promesses ont été entendues, voyons comment elles ont été traduites en des pratiques politiques au sens que leur donne Virvidakis.

 

Alors, comment faut-il voir l’augmentation de portefeuille de Laurent Piétraszewski qui en plus de la réforme des retraites comme secrétaire d’État auprès du ministre des solidarités et de la santé, vient d’être promu auprès de la ministre du travail, chargé de la protection de la santé des salariés contre l’épidémie de covid-19. Une nomination passée inaperçue dans la presse à moins qu’elle n’ait été volontairement occultée. D’évidence M. Piétraszewski ne représente pas, ni symboliquement ni en pratique, ce qu’attendent les salariés ; son passé de DRH ne plaide pas en sa faveur, comme Muriel Pénicaud, il fait plutôt figure de « broyeur de salariés » que de symbole de l’empathie bienveillante comme le signale l’Huffingtonpost[2] dans son article « Le passé à Auchan de Laurent Pietraszewski passé au crible » : « Un article de L’Humanité daté du mois d’août 2017 refait surface. Il raconte comment ce cadre RH à Auchan avait, en 2002, mis à pied à titre conservatoire, une employée de l’hypermarché de Béthune accusée par la direction d’une erreur de commande de 80 centimes d’euros et « un pain au chocolat cramé donné à une personne ». » En plus, ou au-delà, de cette histoire lamentable qui montre l’inhumanité du personnage duquel on aura du mal à croire qu’il puisse protéger leur santé contre l’épidémie de covid-19, il y a l’histoire de l’indemnité reçue d’Auchan et non déclarée et surtout il y a l’absence de déclaration sur le site de la Haute Autorité de la Transparence de la vie publique.

Site consulté le vendredi 22 mai à 15 heures.

 

Chacun appréciera cette nomination et l’augmentation de portefeuille à l’aune de ce qu’il attend des pratiques politiques dont les gens attendent qu’elles visent à gouverner les institutions afin de garantir leur sécurité et la protection de la liberté. Autour du comptoir on retient plus l’affaire des « 80 centimes et du pain au chocolat » que les dérives financières.

Pour autant les affaires d’argent : cadeaux bizarres, indemnités pléthoriques, et autres arrangements, ne sont pas négligées par le quidam qu’il traduit par la célèbre sentence « tous pourris ». Ainsi, M. Piétraszewski rejoindra dans l’imaginaire populaire la caste des « tous pourris » en raison de l’opacité autour de l’indemnité reçue de la part d’Auchan et de ses déclarations (faites ou pas) à la HATVP. Ça pourrait bien jeter une ombre de plus sur l’auréole du dieu Macron.

 

L’aube de Jupiter Macron ne sera-t-elle pas ternie aussi par l’affaire, toute nouvelle, du ministre Olivier Dussopt comme la relate Médiapart : « Selon nos informations, le secrétaire d’État Olivier Dussopt s’est fait offrir des œuvres du peintre Gérard Garouste par un dirigeant local de la Saur, l’un des leaders français du marché de l’eau, en affaires avec la municipalité dirigée à la même période par le même Dussopt. Après avoir évoqué à Mediapart un cadeau d’« un ami », l’ex-député a finalement reconnu un « cadeau de l’entreprise » et indique qu’il va le « restituer » ». Une histoire qui ressemble curieusement à celle de de Rugy : profiter de la position pour obtenir des cadeaux ou faire payer ses frais personnels par l’institution au service de laquelle on est : c’est de la concussion. Décidément le nouveau monde a lu Proust qui, dans un de ses romans, écrivit : « Croyant tous les hommes politiques véreux, le crime de concussion lui paraissait moins grave que le plus léger délit de vol. » Le nouveau monde ne serait-il qu’une tromperie ?

 

Les affaires, en moins de 3 ans, sont nombreuses où la tromperie fait figure de proue : la quéquette de Griveaux, les homards de de Rugy, les affaires louches de Benalla, l’immobilier bizarre de Ferrand qui, bien que mis en examen, continue de ramener sa science au perchoir comme une vieille autruche caquetante, les baisers adultérins de Castaner par ailleurs jadis pornographe dans une campagne électorale, l’affaire toute nouvelle de Mme Avia, et n’oublions ni Kholer ni Pénicaud, et Collomb qui comme une anguille passe à travers toutes mailles des filets judiciaires depuis 40 ans… Que penser de Madame O’Petit, députée macronienne[3], qui « ne peut plus diriger une entreprise pendant cinq ans. La députée macroniste Claire O’Petit a été condamnée jeudi par la Cour d’appel de Paris, rapporte le quotidien régional Paris Normandie. L’élue de la cinquième circonscription de l’Eure était poursuivie pour « des fautes de gestion » lorsqu’elle était la représentante légale de l’Agence de développement et de proximité (ADCP). La Cour d’appel a confirmé le jugement du tribunal de commerce de Bobigny du 2 novembre 2016. Claire O’Petit a été condamnée à « une interdiction de diriger, gérer, administrer ou contrôler directement ou indirectement toute entreprise commerciale ou artisanale […] pour une durée de cinq ans ». », Une condamnation prononcée en appel en octobre 2017, Mme O’Petit est toujours députée, une députée aussi « blanche » que son patron qui l’a inscrite sur ses listes en 2017 alors qu’elle était déjà dans le collimateur de la justice depuis 2016. Nous pourrions aussi aller voir comment Stanislas Guérini a géré puis quitté l’entreprise de panneaux solaires créée à Tullins (Isère) par Monsieur Emélien père de l’ancien conseiller de Macron… Si les journalistes faisaient réellement à fond leur travail d’investigation ils nous sortiraient d’autres « affaires ». Seulement voilà il semblerait qu’à l’instar de Julian Bugier, proche de François Bayrou, qui limitait au JT de 20 heures de France2 l’affaire Dussopt à un défaut de déclaration, là où il s’agit d’un manquement grave à la loi ; soit, comme le montre Médiapart, le cadeau a un lien avec le contrat que M. Dussopt a signé, en tant que maire, avec l’entreprise, il s’agit alors de corruption, soit il n’y a pas eu de contrepartie mais qu’il n’est pas dans l’objet social de cette entreprise de faire des cadeau gratuits et il s’agit alors d’un recel d’abus de biens sociaux. On voit comment une certaine presse, surtout audiovisuelle, aide à la dissimulation des crapuleries du monde macronien car au-delà des approximations de M. Bugier, qui est coutumier de ce genre de chose, il y a l’absence d’engouement des journalistes pour suivre les « affaires » et porter à notre connaissance les avancées des investigations de la justice ; ils furent plus prolixes en d’autres occasions.

 

C’est ça le « en même temps » du nouveau monde : en même temps on promet de laver plus blanc mais on ne change rien aux pratiques de l‘ancien monde.

 

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